Histoire de lard
Dé-jeun-er : rupture du jeun. Ce midi, j’ai offensé la morale religieuse en me goinfrant d’une assiette de spaghettis aux lardons. L’affront apparaît d’autant plus insolent que le gras du porc est venu assaisonné mon repas. Affamé que j’étais, j’ai léché et re-léché les contours du plat, puis en reposant mes couverts, ma conscience est venu m’interpeller : « Attention jeune rebelle, Allah te punira, tu ne t’en sortiras pas comme ça ! ». Seul au bled, cette pensée me trotte un petit moment dans la tête jusqu’à ma décision de braver inconditionnellement tous châtiments religieux et de vivre intensément le voyage.
Alors, j’embarque en Corsa et je file faire un tour sur la corniche afin de guetter la houle pour l’après-midi. Pas le moindre mouvement au large, je m’attends à une apparition de Mahomet brandissant le Coran sur le siège droit du véhicule : « Digère ta punition brebis infidèle !! ». A ce moment, j’ai la sensation d’être agressé par tous les clergés du monde. J’entends un méli-mélo de voix d’églises qui récitent des versets, des sourates et qui me poursuivent sur l’autoroute. Je monte le son du lecteur CD, rien à faire, ils sont tous là derrière moi à ressasser leur infamies culpabilisantes, je me transforme en fugitif et je cherche asile au nord. Ma fuite effrénée semble porter ses fruits quand je prends la bretelle de Bouznika. Le bruit du moteur se dilue dans l’ambiance nonchalante des villages berbères et, au fil de mon vagabondage, je retrouve la paix et la quiétude spirituelles. Je vais errer sur les pistes côtières pendant un petit bout de temps, à la recherche d’un coin de plage inconnu. Je n’ai à cet instant aucune illusion sur les possibilités de surf, mais ma curiosité me pousse à emprunter les derniers sentiers d’Allah qui restent préservés des échos de Wall-Street. Au détour d’une jungle de roseaux, j’emprunte une allée qui s’enfonce dans les dunes ou paissent des moutons et, après une minute de trajet en première vitesse et des dizaines de « salams » adressés aux autochtones, je stationne sur une dune. En arrivant au sommet, je trouve avec stupéfaction une baie fantastique dans laquelle les rouleaux rentrent à intervalles réguliers. Le décor est à vous mettre à genoux, l’air est pur, l’eau cristalline et je reste bouche bée comme un japonais dans la grande galerie du Louvre. L’océan fait toile de fond à la splendeur terrestre du premier plan, ma vue est bouleversée, je me pince car je crois à un mirage mais c’est inutile car le Sahara est trop loin. Donc j’ai le privilège de contempler une œuvre d’art grandeur nature et je reste là de longues minutes à remplir mon âme de l’intemporalité de l’instant en cherchant la moindre faute de goût dans le tableau. Il manque une signature sur l’aquarelle alors j’ai envie de la dérobée, de me l’appropriée et de l’ajouter à ma collection privée. Rien ne m’aidera à emballer cette pointe rocailleuse et un tel volume d’eau, alors je cherche une solution pour que la fresque naturelle soit mienne le temps d’une après-midi. Eureka… je m’étais interdit de surfer des spots non répertoriés en venant ici mais, cette fois-ci, l’artiste qui est en moi se réveille et m’implore : « Eddy, essaies ! Mets toi à l’eau et vas te fondre dans le paysage ». Je ne réflechis plus, je trempe mes trois ailerons dans la palette de couleur et je file chercher des tons sfumato en me calant bien profond dans les barrels. Impressionniste, j’impose un surf sans bavure pour faire scintiller un arc en ciel à chaque gerbe d’eau lancée au soleil. La mélodie des vagues qui cassent m’inspire le requiem tant certaines séries sont impressionnantes. Cependant, je ne faiblis pas et recherche la parfaite osmose. Perfectionniste et soucieux de préserver l’hymne jouée par l’atlantique, je m’interdis le moindre cri qui ferait fausse note. Je dois alors souffrir en silence quand mes chevilles tambourinent contre la dalle de rochers à fleur d’eau. Une fois que j’estime avoir suffisamment joué avec mon imagination et craignant de mettre un coup de fusain sur le tableau, je sèche mes pinceaux et rend à mère nature son œuvre inachevée. Je le sais, aujourd’hui n’était qu’un brouillon, demain cyclones et autres tempêtes viendront réinventer la disposition et l’ordre des ingrédients.
En tout cas, ce soir, je me sens comme pardonné de mes pêchés, je n’irai peut-être pas au paradis mais j’en ai eu un aperçu. En nouveau converti, je veux faire preuve de partage alors je vais essayer de glisser images dès demain. Allah, c’est promis, demain, les lardons, j’arrête !
Alors, j’embarque en Corsa et je file faire un tour sur la corniche afin de guetter la houle pour l’après-midi. Pas le moindre mouvement au large, je m’attends à une apparition de Mahomet brandissant le Coran sur le siège droit du véhicule : « Digère ta punition brebis infidèle !! ». A ce moment, j’ai la sensation d’être agressé par tous les clergés du monde. J’entends un méli-mélo de voix d’églises qui récitent des versets, des sourates et qui me poursuivent sur l’autoroute. Je monte le son du lecteur CD, rien à faire, ils sont tous là derrière moi à ressasser leur infamies culpabilisantes, je me transforme en fugitif et je cherche asile au nord. Ma fuite effrénée semble porter ses fruits quand je prends la bretelle de Bouznika. Le bruit du moteur se dilue dans l’ambiance nonchalante des villages berbères et, au fil de mon vagabondage, je retrouve la paix et la quiétude spirituelles. Je vais errer sur les pistes côtières pendant un petit bout de temps, à la recherche d’un coin de plage inconnu. Je n’ai à cet instant aucune illusion sur les possibilités de surf, mais ma curiosité me pousse à emprunter les derniers sentiers d’Allah qui restent préservés des échos de Wall-Street. Au détour d’une jungle de roseaux, j’emprunte une allée qui s’enfonce dans les dunes ou paissent des moutons et, après une minute de trajet en première vitesse et des dizaines de « salams » adressés aux autochtones, je stationne sur une dune. En arrivant au sommet, je trouve avec stupéfaction une baie fantastique dans laquelle les rouleaux rentrent à intervalles réguliers. Le décor est à vous mettre à genoux, l’air est pur, l’eau cristalline et je reste bouche bée comme un japonais dans la grande galerie du Louvre. L’océan fait toile de fond à la splendeur terrestre du premier plan, ma vue est bouleversée, je me pince car je crois à un mirage mais c’est inutile car le Sahara est trop loin. Donc j’ai le privilège de contempler une œuvre d’art grandeur nature et je reste là de longues minutes à remplir mon âme de l’intemporalité de l’instant en cherchant la moindre faute de goût dans le tableau. Il manque une signature sur l’aquarelle alors j’ai envie de la dérobée, de me l’appropriée et de l’ajouter à ma collection privée. Rien ne m’aidera à emballer cette pointe rocailleuse et un tel volume d’eau, alors je cherche une solution pour que la fresque naturelle soit mienne le temps d’une après-midi. Eureka… je m’étais interdit de surfer des spots non répertoriés en venant ici mais, cette fois-ci, l’artiste qui est en moi se réveille et m’implore : « Eddy, essaies ! Mets toi à l’eau et vas te fondre dans le paysage ». Je ne réflechis plus, je trempe mes trois ailerons dans la palette de couleur et je file chercher des tons sfumato en me calant bien profond dans les barrels. Impressionniste, j’impose un surf sans bavure pour faire scintiller un arc en ciel à chaque gerbe d’eau lancée au soleil. La mélodie des vagues qui cassent m’inspire le requiem tant certaines séries sont impressionnantes. Cependant, je ne faiblis pas et recherche la parfaite osmose. Perfectionniste et soucieux de préserver l’hymne jouée par l’atlantique, je m’interdis le moindre cri qui ferait fausse note. Je dois alors souffrir en silence quand mes chevilles tambourinent contre la dalle de rochers à fleur d’eau. Une fois que j’estime avoir suffisamment joué avec mon imagination et craignant de mettre un coup de fusain sur le tableau, je sèche mes pinceaux et rend à mère nature son œuvre inachevée. Je le sais, aujourd’hui n’était qu’un brouillon, demain cyclones et autres tempêtes viendront réinventer la disposition et l’ordre des ingrédients.
En tout cas, ce soir, je me sens comme pardonné de mes pêchés, je n’irai peut-être pas au paradis mais j’en ai eu un aperçu. En nouveau converti, je veux faire preuve de partage alors je vais essayer de glisser images dès demain. Allah, c’est promis, demain, les lardons, j’arrête !



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