Friday, September 15, 2006

Merci Benoît, t'arranges bien les choses ici.

Après 3 semaines de voyage, je découvre les facettes plus classiques de Casa. Il fait très chaud encore, pourtant la majorité des gens ont déjà troqué les tongs contre le blouson d'hiver. Comme des fourmis, chacun prépare la saison fraîche, on se dit que "maintenant c'est la rentrée alors on change de vêtements et de style de vie". Le temps change aussi mais moins rapidement. Avant-hier, la pluie a fait son apparition, elle venait s'écraser sur le sol comme des crachats. Vous savez, c'était cette averse lourde et fatiguée des pays chauds, celle qui donne l'impression de faire des efforts pour venir arroser notre sol, à moitié paresseuse et à bout de souffle.

La houle revient caresser le rivage marocain, j'en profite bien évidemment. Avant-hier Jack beach dans des conditions excellentes, aujourd'hui : Bouznika. Bouznika (se prononce Bouznira) est une vague assez impressionnante, elle tape sur une dale qui émerge à marée basse. Les rochers ressortent d'environ un bon mètre, et pour se mettre à l'eau, il faut se percher sur l'extrémité du plus haut et sauter loin au dessus des petits quand une vague passe. A imaginer, on se dit "ah gol-ri !", sauf qu'en pratique, c'est plus tendu étant donné la concentration d'oursins dans les cavités des roches. Une fois dans l'eau, c'est un massacre : on se retrouve comme dans un évier, balloté de droite et de gauche dans des conditions très solides (genre gros deux mètres aux séries). Le shape du line-up est tellement extraordinaire que ça vaut le coup franchement. L'ambiance à l'eau est très frenchy, on se retrouve entre basques, bretons et expatriés. Super session.

Je m'en vais me retourner dans ma kasbah en sécurité. Ce soir, Casa a l'air de craindre. Dans tous les cafés, ils repassent en boucle le discours de Benoit XVI, au feu rouge un mec s'est fait latté devant la gendarmerie royale, dans la rue un p'tit qui sniffait sa colle dans un pochon a mis un coup de coude à un vieux. Ca a dégénéré... Ici, nos apparts ressemblent à des bateaux gonflabes qui auraient jeté l'ancre dans le golfe persique. Le différentiel de niveau de vie entre deux rues adjacentes peut être énorme. Je ne partage pas tellement le point de vue des gens qui estiment que l'état des choses est voué à s'améliorer. Pourquoi serions nous forcément embarqués sur une planète qui nous tireraient vers un idéal ? Aujourd'hui, ce que je vois c'est pauvreté, galère et violence. La solution miracle que l'on a trouvé ici pour gérer tout ça c'est de canaliser la misère dans la rue. Pour canaliser la misère dans la rue, il suffit de hisser de hauts murs le long des palais.

Edaïe

Monday, September 11, 2006

le bon endroit au bon moment

Je voulais quitter Casa. Pour m’occuper ce week-end, il me fallait du « vrai », de l’étrange, de l’insolite, quelque chose qui satisfasse mes envies de jeune baroudeur. A 6h30 samedi, j’étais donc déjà sur le périphérique de la ville. A ce moment là, je ne sais pas encore si je pars au sud ou au nord. J’attends de voir la sortie qui sera la moins encombrée pour prendre une décision. Quand on veut partir, on se pose souvent la mauvaise question : « partir où ? ». Il est bien plus judicieux de se demander pourquoi. Et bien souvent, on cherche à trouver ailleurs un environnement, une atmosphère décalée de notre triste quotidien. Dans mon cas précisément, j’ai deux idées : si je pars au nord, je file à l’after du teknival d’Assilah qui a lieu dans le Rif, région hautement productive en « kif ». N’étant pas complètement branché à l’idée de me prendre pour TinTin, reporter sans frontières, je décide finalement de tracer dans le sud à la recherche de vagues parfaites. Tant pis, je prendrai des clichés de jeunes défoncés et comateux un autre jour.
El Oualidia, Safi, Essaouira. Je descend tranquillement la côte et me nourrie du fabuleux décor. Je dévore tout, c’est boulimique, tout les quarts d’heure la nature change de parure et tes yeux en prennent plein la vue. Un peu usée, mon Opel Corsa me demande une halte à Essaouira. J’ai bien conscience qu’elle me fait là un caprice de star, mais je me laisse mener en bateau. Je « chill » intra-muros et achète deux ou trois babioles, puis c’est la surprise : Pau-Paul. Paul Giard en vadrouille. On passe la soirée ensemble à déverser nos éclats de rire dans l’alcool et parmi les parfums d’encens. Trop sympa.
Je passe le reste du week-end à Immesouane. L’endroit est déconnecté du monde ou presque. Pour atteindre la petite pointe, il faut d’abord descendre un lacet alpin sur une dizaine de kilomètres. Le trajet final est meurtrier pour celui qui se laisse déconcentrer par les biquettes accrochées aux arbres ou par la splendeur de l’océan atlantique qui vient lécher la baie.
Chemise en lin et boardshort, je passe l’après midi dans l’eau pour un « remake » de Sprout. La pleine mer offre un shorebreak idéal pour sortir les petites planches, je change alors de costume, repose mon fish et m’en vais scorer dans le bac à sable. Fatigué, les épaules endolories par les coups de soleil et rouillées par la rame, je n’ai que quelques mètres à faire pour m’avachir dans le salon marocain de l’auberge. La soirée donnera tout son sens au roadtrip avec la rencontre de Yo et Jeff. Yo gère momentanément l’établissement pour rendre service à son copain, c’est le boss. Jeff est franco-suisse, il sera diplômé d’ingénierie en décembre mais c’est déjà un jeune réalisateur de cinéma. Autour d’un thé à la menthe, puis d’un couscous, on contemple la baie, on échange, on se comprend et c’est génial. Yo revient d’Israël, il y passe un mois tous les ans et, parfois même, il y travaille. En une soirée, j’en apprends plus sur le conflit israélo-palestinien qu’en deux mille JT de 13h. On cause de tout, d’actualité, de cinéma, de littérature, de shapes, de filles, de gastronomie, de science, de mode, de business, de politique. Les avis diverges, la douceur du thé et la beauté du cadre estompent les clivages idéologiques. Dans la magie du cadre et de l’instant, on se sent comme au bon endroit. Le soleil brûle ses dernières lueurs, la lune se dessine derrière les falaises, le djembé replonge dans son mutisme, nous ne pouvons pas nous le cacher, pour chacun la soirée restera gravée dans la mémoire.
Ce soir, plus que jamais à Casa, je suffoque. Comme un animal domestique, je rentre dans ma cage, je dois rester là. A une poignée de kilomètres, des douzaines de nationalités se rencontrent, se retrouvent, et je reste captif du système.
J’ai envie d’en finir alors je file faire mes courses au twin center. Un onze septembre à Casa, il y a forcément un kamikaze qui rode. Le twin center est une copie du World trade center donc j’ai à priori une chance de participer au feu d’artifice. Encore une fois il s'agira d'être au bon endroit au bon moment...

Edaïe