Thursday, September 07, 2006

Radio berbère foot

Boulev ard d’Anfa, café Segafredo, Casablanca, mercredi 6 septembre, 19h00.
Je commande un « Gran Latte » avec l’accent italien. Provoquant, j’ai décidé de suivre le match de la revanche dans un café cher à nos adversaires de la soirée. Le serveur, plutôt amusé, sert ma boisson et me lance tout sourire un « bonne chance ». Ces deux mots semblent mettre des heures à quitter ses lèvres tant il maîtrise peu la langue de Molière. La tasse n’a pas eu le temps de toucher le bar cuivré que déjà la mine de mon serveur tourne au désespoir : 1-0, Govou donne le ton.

Il attend ma réaction, je le sens à présent comme la corde au coup. Je suis le bourreau, j’ai le choix, soit je lance la réplique qui l’assomme, soit je fais un timide sourire compatissant et fair play. Mon sang ne fait qu’un tour, comment prendre la deuxième option ? J’entends «…incroyable, à la deuxième minute… ». Pour moi, cela fait deux mois que je rejoue le match alors parler de deuxième minute c’est insupportable, cela fait des nuits que je cherche à percer leur défense, j’ai des crampes. Un rictus me déforme, des paroles m’échappent comme si elles avaient passées l’été sur le banc de touche pour connaître aujourd’hui la joie de fouler le gazon : « Désolé Sergio, t’aurais pu cracher dans mon café si tu me l’avais apporté un peu plus tard, maintenant je vais boire à votre santé. Gracie mille !! ».

Score final : 3-1. 90 minutes durant lesquelles je réinvente l’équipe de France avec un français qui bosse dans l’aviation. Le football c’est génial pour tisser des liens et apprendre à connaître les gens. Toutes les femmes devraient accompagner leur favori à un match avant de jurer fidélité. Beaucoup d’entre elles découvriraient les côtés impulsifs, contradictoires et bestiaux de Jules. Imaginez, en 90 minutes vous pouvez en apprendre autant qu’en 10 ans de vie de couple. Ok, vous ne faîtes pas l’économie d’une soirée si vous êtes allergique aux crampons, mais vous vous asseyez sur 10 ans de lessive. L’économie est la science des choix. La femme est hédoniste ? On peut se poser la question finalement. Que pensez de la femme footballeuse alors ? De celle qui porte des perruques en forme de coq sur les gradins, qui boit de la Heineken à la paille et qui fait dédicacer sa visière par Deschamps ? Sur son matelas Epeda en forme de terrain de football, Jules fait le gardien au bas du lit pendant qu’elle plie des lattes en perfectionnant son retourné des 35 mètres. De celle –là, je préfère être le bon pote qui l’aide à porter ses valoches à la sortie du Lidl, que celui qui joue au kiné le soir devant la télé. Comprenez moi… De toute façon, je suis hors course, Madame LESBLEUS ne sortira désormais plus qu’avec des blacks. Et oui, comprenez-la, elle veut que son bébé soit un jour en équipe de France. Que pense t’elle de la régularisation des sans papiers ? « Bah, s’ils sont avant-centre, qu’ils rentrent chez eux, avec Ribery on est bien jusqu’en 2012. ». Merci Odette, on a Jean Luc Delarue hors antenne, il voudrait vous inviter sur son plateau…

Edaïe

Tuesday, September 05, 2006

Tout doucement

Ma p'tite vie prend des allures de bourgeois bohème. Je goûte à la non chalance de la vie au Maroc. Dimanche soir, je prends le thé chez un ami surfeur de Dar Bouazza. On glande, on revisionne la coupe du monde 2006. J'ai des frissons qui reviennent au moment du dernier but italien qui a fait basculé la France dans une tristesse incommensurable. La soirée avance, on en vient au tajine de poulet, puis on termine sur le toit de la maison, Yacine, Youssef, Moustafa et moi à contempler les lueurs de Casa et les vagues de Dar Bouazza. Instant magique. J'adore ce petit village très calme et à seulement 30 min de la métropôle. Hier, une camarade de classe nommée Imane m'a fait découvrir le souk de Casa. C'est moderne bien que bordélique, je veux dire, c'est un souk mais pas comme ceux qu'on a l'habitude de voir. Dans le dédale de "boui-bouis", je me suis lâché et me suis laissé aller à de gros achats : Photoshop, paintshop, coraldraw... tous ces logiciels pour... 10 drh, soit 1 €.
Ce matin ? Petit-déj de spécialités marocaines devant NRJ 12 et Europe 2 tv, histoire de ne pas perdre le lien artistique très fort qui existe entre moi et les productions commerciales. Dôpé à la sauce MTV et à la pâte à tartiner berbère, je fonce au bahut en tongs, le stormrider guide dans la main, la wax dans la poche. Je croise les minettes du boulevard Anfa, je reçois des centaines de sourire. Je me dis : "Eddy, t'as la classe des grands jours ou c'est le visa français qui brille au fond de tes yeux...??".
Back to reality, mon coeur est resté en France.
Après le rush de l'arrivée, je tombe petit à petit anesthésié par le rythme de vie, tantôt berçé par les flots, tantôt impassible face au bourdonnement des abeilles dans la ruche de Casablanca où la saveur du miel m'est encore inconnue.

Edaïe

Sunday, September 03, 2006

Accusé de réception

Dialogue entre une bactérie marocaine et un organisme français :

O-F : « Hé, il est arrivé le p’tit français ? »
B-M : « Oui, oui, c’est bon. Il est malade. »
O-F : « Bah il en a mis du temps à venir l’accusé de réception »
B-M : « Excusez-nous, il était coriace, mais une semaine ça reste dans les temps »

Je reprends la métaphore de l’accusé de réception pour parler avec le sourire de mon état de malade. J’ai juste passé une nuit atroce, à demi éveillé et dégoulinant. Le beau temps d’aujourd’hui ne suffit pas à éponger le sirop de ma sueur et je me réveille ce matin comme un lendemain de cuite. J’enrage, je ne fais pas honneur à l’invitation de mes nouveaux camarades de classe, j’ai passé la première nuit dans mon appart à aller et venir aux toilettes, à trouver une position impeccable sur mon lit. Tomber malade dans les pays chauds, c’est un calvaire. De mémoire, en indo, j’avais passé un jour et demi sans sortir de ma piaule. Ici, la chaleur est moindre mais tu dois supporter la musique et les chants de voisins qui s’improvisent muezzins. A 3h du mat’, c’est la pire des sentences : tu sais plus où tu es, tu crois que le bruit sort de ton imagination, bref, t’hallucines.

Je cales quelques illustrations pour changer d’air : jack beach, les épines d'oursins...

Take care - Edaïe